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Le 20 frimaire an CCXXX

Cuprotype

Après quelques essais infructueux du Svinotype (avec des résultats très différents suivant le papier utilisé, mais jamais une bonne définition et tous disparaissent plus ou moins au bout de quelques jours) j'ai un peu abandonné cette méthode. De toute façon, le principe est forcément un peu aléatoire puisque l'exposition doit se faire précisément en même temps qu'une autre réaction prend place, donc peut-être que mon agrandisseur n'est pas assez puissant pour que la réaction photochimique aille aussi vite que la réaction chimique.

Mais ce qui m'intéresse c'est surtout d'avoir d'autres couleurs que le bleu de Prusse que donne le cyanotype. J'ai donc essayé quelques combinaisons de produits pour changer la couleur, surtout à base de cuivre puisque c'était le sujet, et voici mes résultats.

Presque tout part d'un bain dans du sulfate de cuivre après avoir dévelopé le cyanotype. C'est la première étape du processus breveté par Victor Planchon en 1927, dont le principe est de "remplacer" le fer du cyanotype par du cuivre (à l'aide d'un bain de sulfate de cuivre) puis de sulfurer le cuivre par un bain de sulfure de sodium pour obtenir du sulfure de cuivre, noir. En réalité, et contrairement à ce que dit M. Planchon ("un séjour de trois à cinq minutes dans un tel bain suffit pour que [...] la plus grande partie du fer en soit éliminée et remplacée par une quantité équivalente de cuivre") le bain de sulfate de cuivre ne remplace pas le fer par du cuivre, mais le sulfate de cuivre est incorporé à l'intérieur des cristaux de bleu de Prusse — c'est ce que je comprends de ce papier, qui indique aussi que ça rend le bleu de Prusse plus stable à pH élevé, ce qui est utile pour les papiers modernes qui ne sont pas acides. En fait, le bleu de Prusse semble être largement utilisé en science pour sa capacité à piéger d'autres molécules.

Je n'ai pas encore réussi à bien mettre en œuvre ce procédé (les noirs restent marron, et le blanc du papier jaunit fortement) mais en remplaçant le bain de sulfure de sodium par d'autres traitements, on obtient des résultats intéressants. Je ne précise pas les dilutions pour les bains parce que les résultats sont plus ou moins les mêmes, seule la rapidité change.

Bref, voici diverses variations autour d'une photo d'une écluse. Malheureusement, il n'est pas vraiment possible de reproduire les couleurs exactes, mais ça devrait donner une idée des résultats :

Après un bain de sulfate de cuivre, la teinte vire au bleu acier :

En développant directement le cyanotype dans du sulfate de cuivre après exposition, les parties non exposées prennent une couleur cuivre (celle du ferricyanure de cuivre probablement) et les parties exposées deviennent plus ou moins noires (le bleu du bleu de Prusse avec le cuivre du ferricyanure de cuivre). C'est plus subtil et plus beau en réalité que sur ce scan.

Après un second bain de phosphate trisodique, suivant les temps on peut obtenir une teinte entre or et vert :

Ce que je comprends, c'est que le bleu de Prusse (ferricyanure ferrique) est transformé en phosphate de fer (jaune) et le sulfate de cuivre en phosphate de cuivre (bleu). Suivant le temps du bain dans le sulfate de cuivre, plus ou moins de cuivre est absorbé par le bleu de Prusse, et la couleur finale dépend des proportions entre ces deux produits. Ça donne de belles teintes, mais elles restent assez pâles.

Au lieu du phosphate trisodique, si on utilise un bain d'acide ascorbique (de la vitamine C), on obtient des teintes cuivrées :

Suivant la durée du bain, la teinte est variable. Ce que je comprends, c'est que l'acide ascorbique permet d'une façon ou d'une autre au cuivre de remplacer le fer pour produire du ferricyanure de cuivre, qui est... couleur cuivre. Un bain d'eau oxygénée après l'acide ascorbique accélère le résultat.

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